HEC Business Club ; Le Procope ; 16 février 2010
Mesdames et Messieurs,
Jean Coroller et Philippe Cizeau me font beaucoup d’honneur en m’ayant demandé de vous parler du contenu de mon livre, « Machiavelli and The Mayflower,» qui n’est disponible qu’en anglais pour le moment. C’est le fruit d’une réflexion dont le but à l’origine, il y 10 ans, était de m’aider à comprendre pourquoi mes parents étaient si différents l’un de l’autre ; je précise tout de suite que ce n’est pas une étude Freudienne, mais un projet, dont la finalité était d’arriver à un modèle des valeurs et des comportements européens.
Mes Parents ont vécu 60 ans de mariage heureux; mais 60 années de schizophrénie culturelle
• L’un écossais, issu d’une famille protestante (Presbytérienne, c-à-d Calviniste) et monarchiste;
• l’autre italienne, issue d’une vieille famille catholique de Romagne, un des anciens états pontificaux ; républicaine ; admiratrice des Lumières, du Risorgimento et de Garibaldi.
Pour comprendre leurs différences, regardons un moment ce que cela veut dire d’être un homme du grand nord européen ou une femme du grand sud européen en fonction de l’influence du Monarchisme, du Protestantisme, du Républicanisme, et du Catholicisme:
Dans cet éventail politique, mon père était Monarchiste :
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La communauté n’a pas de sens en monarchie. Ce sont les valeurs du Prince de Machiavel, dont le but est de garantir, arrive quoi que ce soit, sa survie et celle de sa famille par la diplomatie ou par les guerres de territoire chauffées à blanc par la xénophobie; c’est le pouvoir personnel et absolu, en un mot, le privilège ; c’est, dans le nord de l’Europe, la création d’églises nationales et, dans les maisons d’Autriche et d’Espagne, l’alliance avec le Vatican, car même Rousseau, comme Machiavel, reconnait que le contrôle du peuple est bien plus facile si le monarque sait mettre le pouvoir religieux à son service.
La monarchie est le dernier bastion de la protection des biens individuels et familiaux contre un état rapace, qui défend plus volontiers les intérêts de la collectivité que les intérêts particuliers. C’est la protection de la famille royale par une série de cercles sociaux concentriques, impénétrables ; qui la séparent et la protègent des sujets, (et non pas des citoyens,) rangés par classes sociales, des plus aristocratiques aux plus intouchables ; une société qui mène chacun à adapter sa communication à la classe relative de son interlocuteur ; ainsi, le maitre parle autrement à son serviteur que celui-ci répond à son maitre : c’est ce service féodal « intuitu personae » entre maître et serviteur qui n’admet franchement pas l’idée d’équipe si chère aux républicains; c’est l’idéalisation des devoirs du serviteur au profit du maître, qui offre en retour le privilège ; c’est l’isolation en classes plutôt qu’unité du peuple; ce sont des codes stricts et formalisés de communication, non seulement au sein des classes, mais aussi entre elles; c’est le respect de la confidentialité; la discrétion; c’est la violence sociale cachée sous une apparence inoffensive.
Ceux qui sortent de telles sociétés, sont des Monarchistes, dont les valeurs sont ceux de :
• l’acceptabilité du privilège individuel ;
• la protection à tout prix des droits personnels ;
• l’idéalisation des devoirs avant celle des droits ;
• l’inexistance de la collectivité ;
• la forte identification de la nation avec la personne du monarque ;
• la formalité dans la communication orale ;
• la hiérarchie et l’aristocratie ;
• l’inclusion et l’exclusion des classes sociales ;
• la religion nationale et confortable, adaptée au besoin de contrôler le peuple ;
• la xénophobie et la méfiance compulsive de l’étranger ;
• le culte du secret
Parlons du Calvinisme :
La famille de mon père était Presbytérienne; c’est le protestantisme à la française de Jean Calvin dans la droite ligne de la pensée Cathare; un Protestantisme néanmoins adapté aux mœurs de ce pays pluvieux du nord qu’est l’Ecosse; c’est l’accueil de la richesse, le pragmatisme, la responsabilisation solitaire devant Dieu et devant son propre destin ;
Une religion dure, avec une doctrine sur la prédestination qui n’admet pas qu’un homme puisse gagner le salut par ses propres bonnes œuvres, mais qu’il est soumis à un destin personnel et immuable connu de Dieu depuis toute éternité; la logique déductive du Calvinisme aux sujets de l’omniscience et de l’omnipuissance de Dieu aboutissent nécessairement à la doctrine de la prédestination ; il tient que, puisque la pensée humaine est le don de Dieu et que l’homme est fait à son image, toute construction dogmatique pour nier la doctrine de la prédestination est irrecevable. Le Calvinisme rejette en bloc la tradition catholique post biblique ; il défend l’idée d’une religion qui tient compte de ce monde; une religion pragmatique plutôt que dogmatique; d’une pensée linéaire, empirique et humaine plutôt que mystique.
Selon Max Weber, le sociologue allemand, qui a identifié l’origine du Capitalisme avec le Calvinisme, le Calviniste accueille les richesses de ce monde en don de Dieu, richesses qui ne seraient accordées qu’à l’homme vertueux ; l’argent est donc un signe à posteriori que le bon Dieu lui a réservé un destin saint, et, puisque l’homme vertueux et ascétique ne dépense pas son argent pour son propre plaisir, il l’accumule et le constitue donc sous la forme de capital.
J’appelle le Réformiste la personne élevée dans une société protestante : peu importe qu’elle soit de religion protestante ou catholique, car elle se trouve influencée par les valeurs, les comportements et donc par la culture de la forte majorité protestante ; ces valeurs sont :
• le sens pessimiste de sa solitude devant son destin ; une solitude terriblement responsabilisante devant Dieu;
• l’intolérance du pécheur, qui est manifestement destiné à l’enfer, et dont le péché ne doit pas entrer en contact avec l’homme vertueux ;
• la suspicion de toute émotion trop manifestée;
• la pensée humaine de ce monde, linéaire, analytique, empirique, qui rejette le mysticisme, et donc le pragmatisme plutôt que le dogmatisme ;
• une grande tolérance à la pensée inductive; c.-à-d. à un cycle logique de faits>résultats>conclusions et non pas de thèse>antithèse>synthèse, que les Réformistes trouvent bien trop gâcheur de temps ;
• la préoccupation du temps, qui est un don de Dieu, compté à l’homme dans ce monde ;
• la satisfaction d’être un homme sauvé, s’il a de l’argent, rassuré par une tendance vers la modestie et vers l’ascéticisme pour se convaincre de sa vertu et de son salut ;
Malgré le soutien par Mussolini de
Elle a grandi dans le sillage du Risorgimento, de cette sensibilité populaire fruit du romantisme des Lumières et d’une Italie enfin unifiée; elle était touchée par le communautarisme et par ce concept de l’état sacralisé que nous connaissons bien en France;
Les italiens n’ont pas guillotiné leurs prêtres ; la manifestation de leur nouvelle république contre l’église était moins violente que celle de la république de Robespierre contre les prêtres refractaires; n’oublions pas que le Vatican lui-même se trouvait seulement à quelques vallées plus loin.
• de quasi-déification de l’Etat et d’humanisme qui n’admet que difficilement la concurrence d’une église, et que l’Islam ne peut accepter ;
• d’égalitarisme, et de la redistribution des richesses par l’intermédiaire d’un état protecteur, sans visage humain;
• du service de l’intérêt de l’état au nom de la collectivité des citoyens avant celui de tel ou de tel citoyen individuel ;
• du communautarisme et du poids de la rue pour que le citoyen puisse se faire entendre;
• du principe sacrosaint de la méritocratie ;
• de la méfiance intestine du pouvoir individuel ou du privilège de celui qui n’a pas été élu par les citoyens ;
• de l’idéalisation des droits mais pas forcément des devoirs;
• d’une communication libre et fluide entre citoyens réputés tous égaux;
Enfin, le catholicisme de ma mère, enfant italien d’avant guerre. Son profil est celui que j’appelle Romaniste
Elle a passé sa jeunesse sous la papauté de Pie XII dans le traditionnel éloge de la pauvreté et sous le manteau d’une mère église toute puissante ;
Un catholicisme bien Romain, classique, où le poids de l’autre monde et la figure de la mère église s’imposait encore sur le pouvoir temporel en Europe ; un catholicisme pas encore empreint du libéralisme de Vatican II; un catholicisme où ce qui est prononcé ex cathedra ne tolère pas de remise en question par les fidèles, ceci malgré leurs difficultés dans un âge scientifique à intégrer un dogme qui apparaît en conflit avec la nature de ce monde; un catholicisme offrant le catharsis du grand sacrement du pardon divin, dans la conception très catholique de l’omni-bénévolence de Dieu; un catholicisme de l’éloge franciscain, bien maternel, de la faiblesse et de la pauvreté; mais c’est aussi une tradition violente d’exclusion d’hérétiques de la collectivité croyante et probablement du Paradis aussi: par l’Inquisition; par les guerres de religion; par les luttes de frontière et de territoire qui, franchement, semblent avoir tout de l’impérialisme ; d’ailleurs, le Vatican est techniquement une monarchie.
Quel est l’impact du catholicisme sur les valeurs et sur le comportement de celui que j’appelle Romaniste ? Qu’il soit catholique ou protestant, il est néanmoins élevé dans une société de majorité catholique et Romaine à laquelle il est forcé de s’adapter. Il me semble que les caractéristiques principales qui le distinguent sont :
• une aptitude à internaliser le dogme en conflit avec son vécu quotidien humain, naturel et empirique ;
• la pensée elliptique, qui permet de rationaliser le dogme en rejetant toute conclusion binaire ; en moralité, le noir et le blanc n’existent plus vraiment ; tout est gris ; rien n’est simple, car le monde est bien trop complexe ; c’est l’argument que la logique divine n’est pas la logique humaine et que, de toute manière, le bon Dieu pardonne tout; c’est le raisonnement qui permet au catholique de pratiquer la contraception en relative impunité ou de ne pas aller à la messe, mais se considérer catholique quand même ; c’est la pensée sans contraintes qui se trouve à l’origine du mysticisme et de cette supériorité Romaniste en matière artistique ;
• un besoin de s’accrocher au Cartésianisme, à la pensée déductive, pour apporter la rigueur d’un peu de logique humaine, quand même ;
• une externalisation de la responsabilité de l’état de son âme sur la mère église toute puissante ;
• l’impunité face au péché et l’optimisme grâce au mystère du pardon divin donnée des mains d’une aristocratie cléricale, peut-être in fine les véritables enfants de Dieu, vivant déjà l’autre monde dans celui-ci;
• c’est cette étrange admiration de la faiblesse et de la pauvreté ;
• la culpabilité au sujet de l’argent ;
• c’est la lutte personnelle continuelle pour justifier que le salut ne se mérite que par la détresse humaine ;
• c’est un refus de donner de l’importance au temps dans ce bas monde face à l’éternité de l’autre.
Nous venons de voir deux dimensions politiques et deux religieuses : Monarchie et République ; Romanisme et Réformisme.
Mon vécu de la vie commune entre mes parents m’a amené à vérifier deux hypothèses :
1. Que leurs valeurs différentes étaient essentiellement conditionnées par leurs croyances religieuses et politiques ;
2. Qu’ils illustraient deux pôles opposés des cultures européennes.
Pourquoi se borner aux seuls vecteurs religieux et politiques pour définir des cultures ?
Est-ce que aujourd’hui la religion a vraiment encore cette importance?
Percevons-nous, à titre d’exemple, une quelconque menace de l’Islam ?
Est-ce que la menace perçue est une question de doctrine, ou plutôt de culture ?
En quoi les Français d’aujourd’hui sont-ils si différents de ceux qui ont rejoint les Croisades ou Charles Martel?
L’Islam vit actuellement son 13ème siècle, son moyen âge; c’est une religion militante, expansionniste, qui ne s’est pas encore remise d’une tutelle Ottomane de fer pendant 500 ans. L’antagonisme larvé entre Christianisme et Islam est millénaire, et il s’inscrit essentiellement dans un registre culturel : c’est un conflit non résolu, qui tue.
Alors, je répète ma question ; est-ce que la religion a une importance culturelle de nos jours?
Comment explique-t-on les 3.500 morts dans la seule ville de Belfast depuis 30 ans? En quoi les préjugés religieux des protestants et des catholiques de l’Irlande du nord sont-ils différents de ceux qui ont conduit Mary Tudor à bruler vifs 300 protestants ou au massacre de
Si des hommes sont toujours prêts à s’entretuer pour les conflits de religion, qui pourra me convaincre que la religion n’est pas enracinée au cœur même de nos valeurs et comportements?
Oui ! Le Romanisme très européen de ma mère et le Réformisme très européen de mon père se trouvaient en conflit larvé.
En matière politique ; en quoi serait-on autrement en venant d’une monarchie, (constitutionnelle ou non,) qu’en venant d’une république humaniste?
Le fait que plus que 15.000 nobles français aient été guillotinés pendant
Alors, non seulement le Réformisme européen de mon père et le Romanisme européen de ma mère étaient en conflit, mais aussi leur Monarchisme et leur Républicanisme, les deux éminemment européens aussi ; c’était ça leur schizophrénie culturelle !
Je maintiens que, si les valeurs religieuses et politiques ont conditionné ces cultures très différentes de mes parents, ils ont alors conditionné les miennes aussi, ainsi que celles de ma sœur, et par extension, celle de l’ensemble des Européens et des peuples des Amériques et de l’Océanie que des Européens ont fondés. Suffit-il de vous citer, (pour une autre culture,) l’affirmation d’un Pakistanais Sunnite, que j’ai rencontré en Italie, à savoir que, « les Talibans ne sont rien autre que les protestants de l’Islam. » Leur croyance dans une moralité absolue, la leur, m’amène à comprendre cette remarque.
2. Deuxième hypothèse ; qu’ils illustraient deux pôles opposés des valeurs européennes?
Notre Europe est le produit de :
• 2000 ans de Christianisme;
• 1000 ans de monarchie féodale;
• 500 ans d’églises Réformées;
• 250 ans de République humaniste sur le modèle français.
N’oublions pas, Mesdames et Messieurs, qu’au moment où nous cherchons une identité nationale, c’est ça l’Europe !
C’est une collection cohérente d’états, aujourd’hui à 80% chrétiens, dont certains sont restés essentiellement Catholiques et d’autres touchés plus ou moins fortement par
Mettons-nous bien dans la tête que l’Européen moyen est chrétien à 80% et monarchique ou républicain à 100% ; chaque individu de cette majorité chrétienne est un binôme religio-politique car Protestant ou Catholique et Républicain ou Monarchiste:
Les combinaisons de ces valeurs et comportements nous fournissent 4 typologies ; j’utilise des combinaisons des abréviations ROM REF MON REP pour les désigner :
1. ROMMON 14% des Européens; ce sont essentiellement les Espagnols, et les Belges ; avec la pensée elliptique et l’individualisme ; ils sont à la fois conservateurs et mystiques ;
En ce qui concerne leur comportement, voici quelques exemples :
o C’est le DG qui démissionne sur le champ car son patron américain veut se réunir avec toute l’équipe à Madrid au lieu de travailler directement en tête à tête avec ce subordonné espagnol;
o C’est l’équipe de ce patron qui en conclue que, parce que l’américain ne voit pas leur chef en tête à tête, celui-ci va être sûrement viré ;
o Ce sont ces Flamands qui sont convaincus de leur vraie valeur face aux Wallons ;
o Ce sont ces Espagnols plutôt sérieux et pas peu fiers de leurs noms longs et aristocratiques;
2. ROMREP ; ce sont les Français ; les Italiens ; les Polonais ; les Portugais ; les Irlandais du Sud et une bonne partie des anciens pays de l’Est ; c’était le profil de ma mère et des 45% des Européens qui vivent à l’ouest de l’ancien rideau de fer; ceux qui font l’éloge de la pauvreté et du communautarisme ; ceux qui trouvent le barycentre de leurs convictions à gauche :
Quels peuvent être des exemples qui typifient leur comportement ?
o C’est l’obnubilisme avec les plus faibles et la diabolisation un peu névrotique des plus forts;
o C’est le malaise avec l’argent
o Ce sont les Latins, qui disent “oui,” mais qui pensent “peut-être,” ou même « pas question ! »
o C’est d’être responsable mais pas coupable;
o C’est la relaxation judiciaire, (car le pardon est divin,) du délinquant sous le prétexte de sa pauvreté ou de sa misère ou d’avoir eu le bon sens de choisir une cible fortunée ;
o Ce sont les Français qui préfèrent envoyer leurs enfants en Irlande plutôt qu’en Angleterre pour apprendre l’anglais;
o Ce sont les Mafieux, qui passent une vie à tuer des innocents et qui reçoivent un superbe enterrement sicilien par l’évêque de Palerme;
o Ce sont les « fromages » de la fonction publique ;
o C’est la souplesse face aux principes, car rien n’est simple ;
o C’est le transfert en masse de responsabilité sur l’état ou sur l’église ;
o Mais c’est aussi la nostalgie pittoresque de la monarchie, qui se manifeste dans un code de politesse très formel ; dans les fastes viennois malgré la disparition des Habsbourg depuis 1917 ; dans le Bal de l’X à l’Opéra Garnier, ou dans les travaux de l’Association de l’Entraide de
3. REFMON; nous y trouvons surtout les Anglais, mais aussi les Danois, Suédois et les Norvégiens ; c’était le profil de mon père et de 12% des Européens; qui n’ont aucun problème avec l’argent ni avec le privilège individuel ; où le cœur des gens tend un peu plus à droite .
o Ce sont ces Anglais qui ne serrent pas la main, et qui restent aimables mais distants ; cordiaux mais, en quelque sorte, insaisissables;
o Ils entrent dans une pièce sans dire bonjour, et on se demande quelle mouche les a piqué ;
o Puisque depuis leur plus jeune âge ils apprennent à cacher leurs émotions, ils nous inquiètent par le décalage entre les mots qu’ils prononcent et la passion qui manque sur leurs visages et dans leurs gestes;
o Ce sont aussi ces Britanniques tout aussi désarçonnés par le coup de gueule gaulois ;
o C’est le faste du prix Nobel en présence du roi de
o C’est l’Angleterre qui est, selon le Times, « fendue par les classes sociales du berceau jusqu’à la tombe ; »
o C’est l’art perfide de l’exclusion et de l’inclusion sociale;
o C’est la rigidité victorienne des principes ; à titre d’exemple, de l’Anglais, qui se relocalise professionnellement en France en faisant naïvement confiance à la parole donnée par son PDG, et qui est ensuite offusqué parce qu’il n’a pas eu le job;
o C’est la conviction de supériorité et la xénophobie des monarchistes qui tiendront leur patrie toujours en marge de l’Europe afin de protéger la couronne contre les étrangers !
o C’est le contrat russe qui tombe à l’eau parce qu’on envoie un Anglais négocier avec les Russes au lieu d’un Français;
4. REFREP 9% des Européens; en Europe c’est le cas de
o Essayez de pousser une autre voiture garée en utilisant votre pare-choc pour créer de la place en vous garant à Zurich comme vous le faites à Paris; vous risquez d’être appréhendé sur le champ par n’importe quel citoyen suisse de passage, et pas en souplesse, et de vous trouver aussitôt assigné en justice !
o C’est la rigidité face aux principes, la moralité absolue ;
Mais surtout, les REFREP de référence sont les Américains des Etats-Unis, dont la nation est entièrement fondée sur les valeurs européennes du Calvinisme et de
o L’exemple du patron espagnol qui démissionne dit beaucoup sur le comportement du REFREP américain, qui, dans sa vocation de leader global, passe trop souvent à côté des sensibilités culturelles de ses interlocuteurs;
o Ce sont les Américains qui ne prennent pas le temps pour bien comprendre, ni pour bien expliquer et qui arrêtent les réunions uniquement parce que c’est l’heure, même si une discussion essentielle pour comprendre reste en cours ;
o C’est le maintien de la peine de mort ;
o C’est le dîner en Floride où un patron américain né dans l’Alabama dit les grâces chrétiennes au microphone dans une salle de 500 dirigeants internationaux, comprenant juifs, musulmans, hindous, shintoïstes et sans doute d’autres religions aussi ;
o Ce sont les Américains qui trouvent que l’histoire n’a rien à nous apprendre et qui semblent être obligés de répéter en permanence leurs erreurs ; d’ailleurs, Churchill a dit que les Américains « choisiront toujours la meilleure route, mais seulement après avoir essayé toutes les autres auparavant ! »
Mon père était un REFMON et ma mère a été une ROMREP ; sur tous ces points, leurs cultures étaient parfaitement opposées, tout en étant parfaitement européennes ;
Pour ceux qui attendait que je parle de l’Allemagne ou des Pays Bas, ce modèle les situe au croisement des stéréotypes ; ces peuples sont les plus pluralistes d’Europe, chacun ayant en parties égales des populations protestantes et catholiques ; l’un étant devenu république de mémoire vivante et l’autre toujours monarchie, mais très libérale. En revanche, les Länder dans
Pour d’autres qui auraient voulu que j’intègre les religions juives et musulmanes, j’avoue m’être focalisé sur les chrétiens, car ils constituent aujourd’hui 80% des européens et peu de temps avant
Le modèle prédit les valeurs; les comportements; les ressemblances et disparités culturelles ; les écarts de compréhension entre pays.
Il nous aide à comprendre pourquoi les Européens ne se comprennent pas en matière de temps; d’argent; de communautarisme ou d’individualisme; de privilège; d’isolation sociale; sur la place de l’état; d’empiricisme; de Cartésianisme; de pensée inductive ou déductive; de pragmatisme ou de dogmatisme; de droits et devoirs; de lutte des classes ou égalitarisme; de chauvinisme et xénophobie; et sans doute d’une foule d’autres « -ismes » aussi.
Le modèle a été validé statistiquement avec les données de d’anthropologues culturels éminents; cependant, il comporte toujours ce vieil inconvénient de vouloir généraliser au sujet du comportement humain, mais les analyses sont convaincantes quant à la véritable existence de cette typologie.
Si je devais tirer deux conséquences de ces idées:
1. Notre patchwork culturel européen Nordique, Saxon, Celte, Hispanique, Gaulois, Baltique, Latin, Germanique, Slave, Hellénique nous pose un véritable défi, et je reste très pessimiste quant à la probabilité de voir de mon vivant ce rêve se réaliser d’un fédéralisme humaniste et socialisant du type ROMREP si cher aux Français, Italiens et Polonais imposé à l’ensemble des 27 pays de
2. Le comportement isolationniste américain, qui pose problème, même pour les Britanniques, me semble être assez sérieux; si l’Europe unie n’arrive pas à amener les Etats Unis à contrôler ses pulsions d’intolérance et même de bigoterie afin de respecter la diversité dans la communauté mondiale, les Chinois, qui sont tout aussi intolérants, s’occuperont de leur cas, et, eux, ils n’ont aucun point, ni culturel, ni historique, en commun permettant de pardonner. Un tel conflit serait bien plus grave que l’autre vieux conflit planétaire entre l’Islam et le monde Chrétien, qui trouve aussi son origine dans les écarts de culture.
Enfin, pour vous qui n’avez pas lu «
Elle ne tient pas compte de l’impact des doctrines Chrétiennes, de l’Humanisme de l’âge des Lumières, de la doctrine de la prédestination, de l’extrême individualisme féodal du Prince de Machiavel, ni du communautarisme de la première république, ni même de la pensée elliptique entrainée par le sacrement du pardon divin.
Pourquoi accepterions-nous d’oublier la spécificité Chrétienne de notre histoire européenne ?
En ce moment, les Français cherchent à cerner leur identité nationale ; je crois qu’il faut se rappeler que la spécificité et l’origine de notre Europe commencent par Rome, dans le sillage de son empire, et surtout de son église ; notre origine collectif, c’est le Christianisme ; Athènes se trouve à son extrémité, et, peut-être, Jérusalem, mais le monde Islamique se trouve par définition ailleurs, du moins je crois, de mon vivant.
((Je vous prie de me permettre quelques mots sur la thèse de Rémi Brague, professeur de philosophie arabe à l’université de Paris I, qui définit dans son livre, ‘
Sa position est vraiment trop partisane, car ne tenant pas compte du Christianisme, la religion de la majorité écrasante des indigènes européens, et je la trouve de toute manière excessivement fondée dans l’antiquité; la philosophie a bougé depuis Platon et Aristote, et la bible chrétienne contient un Nouveau Testament aussi ; mais où le Prof. Brague a-t-il laissé l’impact sur les valeurs européennes des doctrines Catholiques et protestantes, de la monarchie féodale, de l’âge des Lumières ou de l’Humanisme? Soyons sérieux ! Ni Athènes, ni Jérusalem, ni l’Islam n’ont eu d’effet probant sur la doctrine de la prédestination, ou sur l’extrême individualisme féodal du Prince de Machiavel, ou sur le communautarisme de la première république, ou sur l’humanisme des Lumières, ou même sur la pensée elliptique entrainée par le sacrement du pardon divin.
Pourquoi accepterions-nous d’oublier la spécificité Chrétienne et politique de notre histoire européenne ?
En ce moment, les Français cherchent à cerner leur identité nationale ; je crois qu’il faut se rappeler que la spécificité et l’origine de notre Europe commencent par Rome, dans le sillage de son empire, et surtout de son église ; notre origine collectif, c’est le Christianisme ; Athènes se trouve à son extrémité, et, peut-être, Jérusalem, mais le monde Islamique se trouve par définition ailleurs, du moins, pour le moment.))
La Révolution française est intervenue à la fin des 30 étés les plus froids des dernières 600 ans et quand l’Europe se trouvait au fond d’un cycle économique de Kondatrief : il aurait fait plus chaud et le cycle de Kondatrief se serait trouvé au point haut, est-ce que
Mesdames et Messieurs, merci !
Travaux
Sources: K Lewin 1936 Topological Psychology-émigré allemand aux Etat-Unis; T Parsons 1951 The Social System-américain; Gert Hofstede 1973 IBM Europe studies-hollandais; Trompenaars –hollandais et Hampden-Turner- anglais 1997 Riding the Waves of Cuture
March 20th, 2010 at 2:57 am
L’échange avec Pierre
Envoyé : jeudi 18 mars 2010 16:04
Dear Bob,
I have finished reading “Machiavelli and the Mayflower”. Not that it took me so long since our enjoyable lecture/lunch of Feb 16th - although the first five chapters leave no room to outside distraction - but I had other readings on the way such as “Quand la France disparaît du monde” by Nicolas Tenzer (Grasset & Fasquelle, 2008) on international expertise markets. In the course of my reading I jotted down a few reading notes that I may dare share with you, if you agree.
You venture in your footnote p.10 that analysing Burgundy harvests shows that 1793 marked the end of 30 coldest summers in French climatic history: “Had the summers been warm and the harvest plenty, would France still be a monarchy ?”. If I am well informed, dendrochronology shows that 1787 and 1788 had really bad wheat harvests, thus people had little bread (that you know is as important as wine to the French
that had Marie-Antoinette voice her (in)famous: “If they can’t have bread, let them have brioche !”. Now why 1787 and 1788 ? One reason may be volcan Laki’s eruption in Iceland in 1783-84: it spewed 14 cubic kilometers of lava, an estimated 120 million tons of sulfur dioxide were emitted, produced a Volcanic winter, 1783, on the North Hemisphere (Wikipedia). No kidding.
I would like to understand the difference between: - the Romanist elliptic thought, expediency, complacency, that can be used to justify just about anything (p.27-28), - and puritanism (a word that you never use by the way). Aren’t both called hypocrisy in everyday language ? Is it why you use so frequently the adjective dysfunctional ?
You quote Engels p.81: “the state is nothing but a machine for the oppression of one class by another”.
Dans Les Echos du 17.03.10 p.15 “Panique au guichet” Roger-Pol Droit cite Hegel et Max Weber: “Il fut un temps où la bureaucratie avait ses lettres de noblesse et ses justifications philosophiques (…) principes: rationalité, règles impersonnelles, compétence, etc”. N’y a-t-il pas là une autre catégorisation transversale BUR/PRV (bureaucratie vs entreprise privée), quel que soit le régime politique ou religieux ? Quand on sait qu’en France les fonctionnaires sont ~13% de la population active, plus le secteur public, et que les associations en représentent ~12%, c’est environ la moitié de la population française qui est BUR; d’autres pays d’Europe de l’Ouest en ont moins, mais les ex-pays de l’Est en ont certainement plus.
A belief in collectivism and the fear of heresy might appear to be parallel characteristics of Romanism and of Communism (p.38). Cela nous ramène à Staline: “Le Vatican ! Combien de divisions son armée a-t-elle ?”.
P.84. I love your “The French take to the streets for two reasons: firstly, Rousseau advised them to; secondly, popular discontent shown in the streets is a tolerated part of political feedback by the citizenry to its politicians (…) otherwise they lose votes, if no longer their heads !”
Quel terreau pour les nationalisations de 1946 concédées aux communistes du PC et de la CGT ! A l’inverse on observe de plus en plus l’émergence du riverain par rapport au citoyen, c.à.d. l’appropriation de l’espace public par le résident local. Contradictoire, isn’t it ?
Generally speaking I find more difference between ROM and REF than between MON and REP.
Je me suis intéressé à la Médiation, qu’elle soit institutionnelle ou indépendante, et je comprends mieux à présent pourquoi elle marche en milieu REF mais pas en ROM, indépendamment du contexte politique; pourquoi les pays dits “latins” font plus confiance au droit écrit appliqué par les tribunaux qu’au compromis librement élaboré par les parties. REFMON certainly explains the success of Anglo-Dutch ventures such as Shell or Unilever. Conversely, ROMREP vs REFMON explains why my “Travail vs Arbeit” sociologist cousin stated that the French and the Dutch are extreme opposites in Europe.
P.129: a cross-fertilized person becomes… a cultural ‘mongrel’ for his acquaintances, an object of interest rather than one of intimacy. Well said…
The subject of food is hardly ever broached but I think it ought to. Your categorization explains beautifully: • why in two neighbouring countries of similar size, Belgium and The Netherlands, food is so great in the former and inedible in the latter. Now, how come they became politically associated in the Benelux ? Beats me ! Unless they had tiny Luxembourg as the catalyst/icing on the pudding ? • why the story goes - joke or true? - that the intended merger between KLM and Alitalia failed some 12 years ago. They just couldn’t meet together: the Dutch had no appetite for long lunches that they thought were a waste of time, and the Italians felt that an eel sandwich with a glass of milk was an insult to their taste buds (so do I
. • and l’Agence pour la Sécurité Alimentaire nearly moved from Parma to Helsinki
Close call !
Now for a paradox, not mentioned either: are sports categorized ? Some (polo, golf) seem to be, whereas others (football, tennis somewhat) cross all barriers or distinctions. Isn’t that amazing ?
Enfin je vais vous soumettre une devinette: à quelle classification raccordez-vous l’échange épistolaire ci-joint ?
Pierre
Dear Pierre,
J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur si je passais toute de suite dans ma langue paternelle pour essayer de répondre aux points que vous avez si habillement identifiés dans votre mail.
• The data on the Burgundy harvests were established by Emanuel Le Roy Ladurie, and I used statistical software to analyse it; I have added a graph to show that 30-year blocks of data over the past 600 years clearly illustrate the mini ice age with its nadir around the volcanic winter of which you speak and leading up to 1789.
• I would not have placed elliptic thought, (which is an effort to rationalize contradictory dogma,) in the same bag as Puritanism, (which was an effort to bridge the gap between Calvinism and, I think, Methodism;) however, on the one hand good Christians try hard in good faith to live virtuous lives through such contradiction, and on the other hand, dysfunctional Romanism and dysfunctional Reformism illustrate the unfortunate outcome of trying to do so. Rather than calling Puritanism a dysfunctional outcome, I would choose bigotry, but if people can be dysfunctional in good faith, can we call them hypocrites? • BUR appears to me the child of REP as PRV appears the child of MON.
• Among the Vatican divisions, we might start with the Jesuits, or even the Order of Malta; this said, I am a practicing Roman Catholic with great respect for both organisations.
• In this time of regional elections I see why the Republic is more sensitive to its riverains: Plato seemed to think that Republics would never work because you couldn’t get logically all 60 million Frenchmen into the same debating chamber; I believe that he preferred aristocracy for this reason! I would have to hunt for the reference.
• Delighted to hear from you that more separates ROM from REF than MON from REP; I would normally have expected to hear the opposite in France as the extreme individualism of the MON seems so anathema to the REP.
• In the question of mediation: we should not forget the impact of Roman Law, and especially, of Napoleon’s Civil Code: the Civil Code is the reason why Napoleon as Emperor cannot be classed in my view as MON! No hereditary feudal monarch would have wanted to commit anything to writing that could impede his freedom of action in any way.
• I would be happy to learn more of your cousin’s Tavail/Arbeit argument; I happen to agree with his diagnosis. • Great remarks on food: thanks.
• We do have sporting class barriers in the UK: soccer is distinctly working class and rugby, middle upper class, with, progressing in order, golf, cricket, tennis, horse riding, Eton Fives, shooting and Polo.
• Finally, your superb letter shows very well the efficiency of the ROMREP state: united by Communism against individualism and by St Francis against money!
Kind wishes,
Bob
March 20th, 2010 at 3:00 am
L’échange de lettres citées par Pierre
Si tout le monde avait leur humour…. Voici deux lettres, toutes deux authentiques (novembre 2004) L’une a été écrite par Soeur M., moniale visitandine à Nantes. La réponse est signée Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.
Lettre adressée par Soeur M. à la C.G.T.
« Madame, Monsieur Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l’esprit bon enfant qui y régnait. D’autant qu’un jeune membre de votre syndicat m’y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par derrière sur mon voile l’autocollant CGT après m’avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m’indiquer le chemin. C’est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j’ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu’à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon coeur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes. Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT = Christ, Gloire à Toi). Que voulez-vous, on ne se refait pas. Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l’occasion d’une autre manifestation.
Soeur M. »
Réponse du secrétaire général de la C.G.T.
« Ma soeur, Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l’humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute il s’est agi d’un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d’humour ” bon enfant ” serait vécue comme l’expression d’une complicité éphémère et pourtant profonde. Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération, car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde. Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux,
Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT »
March 20th, 2010 at 3:18 am a) Cette lecture du 6/16 février est un excellent complément actualisé au bouquin. b) Je vois que le blog s’est immédiatement enrichi de nos premiers échanges épistolaires. Par contre il manque l’appendix “La nonne et la CGT” pour une compréhension complète (et caricaturale) du ROMREP. c) J’ai essayé de devenir membre de MaTM, mais j’hésite à le faire via Google, Twitter ou Yahoo. Je suis déjà sur LinkedIn, Viadeo et Facebook, plus un certain nombre de blogs institutionnels ou associatifs, et on n’en contrôle que difficilement les dérives (p.ex. à ce jour une proposition par semaine d’exotique célibataire 34 ans pulpeuse photo: est-ce que ça devient un site de cul justifiant le calembour fessebouc ?) Pierre